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Contexte historique

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Si l’origine des caisses d’épargne remonte au début du XVIIe siècle, il faut attendre la période révolutionnaire pour voir apparaître l’expression. L’économiste Joachim Lafarge avait en effet fondé en 1791 une « Caisse d’Epargne et de Bienfaisance » fonctionnant selon le principe de la tontine. Elle connut de graves problèmes de gestion et dut être réorganisée en 1809. De sorte qu’il faut attendre 1818 pour voir la véritable naissance de l’institution avec la création de la Caisse d’Epargne de Paris par un groupe de philanthropes libéraux autour de Benjamin Delessert.

Liste des directeurs de la Caisse d'épargne d'Albi, 1898, 4 X 425

Leur diffusion entre 1818 et 1847 fut réelle : André Gueslin évalue à 700 000 le nombre de livrets ouverts à la veille de la révolution de février. Le pays comptait alors plus de 500 caisses et succursales, réparties sur tout le territoire. Cependant, les limites du projet initial se firent bientôt sentir. Certes, on comptait quelques ouvriers parmi les premiers clients des caisses. Mais ceux-ci restèrent très minoritaires. En fait, ces derniers ne se tournèrent pas vers une institution censée apporter une réponse à la précarité de leur condition et sa diffusion resta limitée à une fraction de la population. Les 700 000 livrets ouverts en 1847 étaient peu de chose, en comparaison des 25 ou 30 millions d’adultes que comptait alors la population française. Les gains potentiels attendus des intérêts servis aux sommes déposées étaient trop faibles, de toute façon, pour espérer résoudre ainsi la question sociale, ainsi que l’avaient rêvé les libéraux. Dans la seconde moitié du XIXe siècle siècle, les caisses d’épargnes attirent essentiellement des clients disposant d’un peu de bien et d’une forme d’indépendance, soucieux de faire fructifier un petit capital. Elles n’en revêtent pas moins une dimension de banque sociale qui s’est maintenue jusqu’à nos jours.

Les archives des Sociétés de Secours Mutuels, pour leur part, sont de trois ordres : les sociétés à compétence nationale, parfois reconnues d’utilité publique, comme la Société du Prince Impérial, sont une petite minorité. La grande majorité des sociétés se contentent en fait d’un champ d’action départemental ou, plus fréquemment, communal. La vraie distinction passe en fait entre les sociétés dites « approuvées », dotées d’un certain nombre d’avantages, matériels et fiscaux notamment et les sociétés dites « libres » qui, en échange d’une plus grande latitude d’organisation, doivent se contenter de leurs propres forces et sont fréquemment l’objet d’une surveillance accrue de la part du gouvernement. Dans le Tarn comme dans le reste du pays d’ailleurs, les premières l’emportent assez nettement sur les secondes à la fin du siècle : parmi les 156 sociétés recensées en 1900, Charles Portal dénombre 96 sociétés approuvées contre 60 libres (Ch. Portal, Le département du Tarn au XIXe siècle, Albi, 1912 (réimpression, Les éditions de la Tour Gile, s.l n.d (2000) p. 304)). Cent trois sont ouvertes aux hommes exclusivement, 34 aux femmes et 19 seulement sont mixtes. Il faut également mentionner 12 sociétés scolaires qui sont en fait des « écoles de mutualité ». L’ancien clivage entre sociétés professionnelles (fréquentes au milieu du siècle) et société à recrutement géographique (interprofessionnelles, interclassistes) tend alors à s’estomper au profit des secondes, conséquence de la politique constante suivie par les régimes et gouvernements successifs à partir de 1852 : les premières ne sont plus que 23 et s’adressent essentiellement à des membres des classes moyennes, professions libérales (médecins) employés ou fonctionnaires (instituteurs). On mentionnera pour finir l’existence de sept sociétés protestantes, toutes situées dans le sud du département.

Le Tarn apparaît alors comme un département moyennement mutualiste, ne se distinguant nullement dans le paysage national, avec un peu plus de 5 % de membres dans la population totale, chiffre beaucoup plus faible qu’aujourd’hui, malgré le développement parallèle des institutions de Sécurité sociale après 1945.

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