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Contexte historique

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Création du bureau de bienfaisance d'Algans, 1911, 2 X 329

Les bureaux de bienfaisance, créés par la loi du 7 frimaire an V (27 novembre 1796), sont les héritiers des bureaux de charité, souvent appelés « bureaux des pauvres », attestés dans le royaume de France dès le XVIe siècle. Financés par une contribution des habitants, ils servaient des prestations en nature aux nécessiteux dans un cadre paroissial. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, ils se développent sous l’impulsion de Turgot et Necker qui souhaitent en faire un maillon essentiel d’une assistance laïcisée. Par rapport à l’hôpital, le bureau de bienfaisance présente des avantages auxquels les hommes du XIXe siècle resteront constamment sensibles. Le principal d’entre eux est de permettre le maintien à domicile des pauvres : on reproche en effet aux hôpitaux de couper les malades de leur milieu. L’assistance à domicile, au contraire, conjugue les avantages aux yeux de nombre d’observateurs : au plan physique, elle évite la contagion, permet des soins plus attentifs de la part des proches ; au plan moral, elle évite aux malades comme aux pauvres le contact avec la lie de la société, la rupture avec le lien familial, l’oubli des devoirs chrétiens. Elle permet en outre un contact plus direct avec le bienfaiteur. On peut ainsi lire dans le rapport général de la Société de Saint-Vincent-de-Paul pour l’année 1844 : « lorsqu’on vient s’asseoir au foyer domestique du malheureux, qu’on assiste à ses souffrances, à ses privations, à son dénuement, on ne peut rester froid et indifférent à ce triste spectacle. La demeure du pauvre est le point central et élevé d’où les hommes véritablement charitables découvrent le vaste et lamentable horizon de la misère. » (cité par A. Gueslin, Gens pauvres, pauvres gens, dans la France du XIXe siècle, Paris, Aubier, 1998). Comme l’Hôpital, le bureau de bienfaisance est organisé sur une base communale, chaque municipalité devant théoriquement avoir son bureau. Dans la pratique, un grand nombre de communes n’en disposent pas : en 1833, ils n’étaient qu’un peu plus de 6000 pour tout le pays (13 000 en 1871). La plupart se concentrent dans les villes. A la fin de la Monarchie de Juillet, les bureaux réalisent environ 700 000 « actes » de bienfaisance par an dans tout le Royaume. Ce chiffre a doublé à la fin des années 1880. A cette date pourtant, encore 58 % des communes françaises ne possèdent pas de bureau.

 

Portrait de Turgot

En règle générale, celui-ci est géré par une commission administrative de cinq membres. Comme dans le cas de l’Hôpital, ceux-ci sont nommés par le ministre de l’Intérieur, sur proposition de la municipalité du lieu et il s’agit de notables locaux. L’ordonnance du 19 juillet 1831 prévoyait d’attribuer la présidence au maire de la commune d’implantation. A l’exception des grandes villes, comme Paris, dont le bureau disposait d’une administration conséquente, il s’agissait le plus souvent d’une structure très légère. S’il lui arrivait d’employer du personnel de gestion, dans la plupart des cas ces tâches étaient réduites et dévolues à des bénévoles. C’était presque exclusivement le cas dans les communes rurales et les petites villes. Le bénévolat est d’ailleurs la règle, tout au long du siècle, pour les membres des commissions administratives (hôpitaux et bureaux), comme pour les « visiteurs ». Ceux-ci se chargent de rencontrer les pauvres, d’en établir la liste, qu’ils tiennent à jour, et de distribuer les secours, tout en les assortissant fréquemment de conseils matériels et de prescriptions morales.

Bien qu’il s’agisse de bienfaisance publique, c’est au personnel du bureau de constater la réalité de la pauvreté et de décider ou non d’une aide. Chaque bureau, voire chaque visiteur local, reste ainsi libre d’apprécier la situation des nécessiteux et de leur accorder ou non les précieux secours. On conçoit que dans ces conditions la diversité soit grande : « chaque bureau agit avec la plus parfaite indépendance et non seulement chaque bureau mais encore chaque administrateur de ces bureaux, auquel est attribué une législation spéciale ; en sorte qu’en définitive, chacun distribue comme bon lui semble ce que lui attribue la répartition et qu’aucune autorité supérieure ne dirige cette répartition. » (M. Longchamp, Visite dans les hôpitaux, hospices et établissements de bienfaisance de la ville de Paris, 1846 ; cité par A. Gueslin, op. cit., p. 276).

L’aide réside essentiellement dans des secours en nature (70 % encore au début de la IIIe République) : il peut s’agir de nourriture, de vêtements, de matière première nécessaire au chauffage (charbon), de lait pour les enfants. Sauf exception, seuls les pauvres locaux sont éligibles à l’aide : la condition de résidence est fondamentale pour bénéficier des secours. Ce point est fondamental. Il s’agit à la fois d’éviter la surcharge des municipalités les plus généreuses au détriment d’autres, plus restrictives ou moins bien dotées et d’éviter les concentrations de pauvres en certains endroits, source de troubles. L’assistance ne s’adresse donc pas au déraciné, au vagabond, toujours suspect de se soustraire à l’ordre social mais au pauvre « intégré », membre stable d’une communauté de quartier ou de rue. A la fin du siècle, les bureaux, sans perdre leur fonction traditionnelle, se voient confier une partie de l’assistance nouvelle mise sur pied par les lois républicaines.

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