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Une nouvelle protection sociale

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Règlement du bureau de bienfaisance de Gaillac, 1924, 2 X 507

Corollaire de ce déplacement des populations cibles, la protection sociale va chercher à apporter des réponses à des situations nouvelles. Les problèmes qui émergent avec la constitution de la classe ouvrière ne correspondent pas tant à des situations de pauvreté indifférenciée, résultant de facteurs individuels ou moraux, ou bien de la « mauvaise fortune » liée à la fatalité, qu’à des risques spécifiques, bien identifiés et délimités, issus de la réalité nouvelle de la société de la fin du siècle : le chômage, l’accident du travail, l’âge (quand la force de travail est usée), sont les causes principales de déchéance, indépendantes de la volonté, qui s’imposent aux contemporains et pour lesquelles les catégories traditionnelles du « bon » et du « mauvais pauvre » ne sont pas (plus) opératoires. Ce sont des risques inhérents à la société industrielle. Et ce sont à ces risques en priorité que l’on va s’efforcer de trouver une solution.

Portrait de E. Girardin réalisé par Georges Lafosse

Les nouvelles législations de protection sociale vont donc chercher, non pas tant à soulager la misère qu’à réparer ou prévenir les conséquences de la réalisation d’un risque spécifique. Pour éviter que l’individu contraint de cesser le travail ne sombre rapidement dans la pauvreté, à une époque où les capacités d’épargne sont faibles, on va chercher à garantir un revenu de remplacement à celui-ci. Pour atteindre cet objectif une nouvelle technique s’impose, qui tend dès lors à concurrencer assistance et prévoyance comme méthode privilégiée : c’est l’assurance. Cette dernière s’est considérablement développée à la faveur des progrès actuariels depuis le début du siècle et paraît particulièrement adaptée à la nouvelle façon d’envisager les problèmes sociaux. En permettant l’application du calcul des probabilités aux faits de société, l’assurance ouvre un horizon nouveau à la résolution de la question sociale. Emile Girardin, le fondateur du journal La Presse, estimait ainsi dès 1854 :

« Tous les fléaux du monde physique peuvent être amortis par l’assurance ; et les crises industrielles aussi, et l’être humain lui-même considéré comme un véritable capital productif par l’usage de ses facultés. […] L’assurance peut pénétrer partout ; partout en se fondant sur la loi des grands nombres, elle peut faire fructifier l’épargne, arriver à ce que les chances de réussite l’emportent de beaucoup sur les chances d’insuccès et de perte, introduire l’ordre dans le désordre, supprimer le hasard, régulariser l’incertitude, sinon la faire disparaître. » (E. Girardin, La politique universelle, Paris, 1854, cité par P. Rosanvallon, L’Etat en France de 1789 à nos jours, Paris, Seuil, 1990 (éd. de poche, p. 171)).

 

 

 

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