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L'extension de la protection sociale après la Premère Guerre mondiale

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La Croix-Rouge Française, 1927, 3 X 887

Le premier conflit mondial allait en effet provoquer une extension sans précédent des domaines d’intervention de l’Etat dans la vie économique et sociale, préparant ainsi les français à une place accrue de la puissance publique dans la paix. Entre 1914 et 1918, la Nation contracte une dette sacrée envers les combattants et leurs familles. Le conflit que connaît la France entre ces deux dates est en effet responsable de plus d’un million de victimes directes. A ce chiffre, il convient d’ajouter trois millions de blessés, dont un million au moins resteront invalides à jamais. La guerre laisse enfin en héritage à la France 680 000 veuves, autant d’orphelins et d’ascendants (père et mère) privés de soutien familial. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que la question de l’extension de la protection sociale se pose avec acuité dès la fin des hostilités. Vers 1930, l’Etat vient en aide à environ 800 000 mutilés, 600 000 veuves, 300 000 ascendants, sans compter les pensions militaires instituées par une loi de juin 1919.

Au-delà des pertes humaines, la guerre fait sentir ses effets sur la structure sociale du pays, remettant en cause un compromis déjà ébranlé dans les dernières années du XIXe siècle. A la veille du conflit, l’idéal le plus communément partagé dans le pays était encore celui d’un équilibre social reposant sur une structure tripartite : à la base, un socle paysan « éternel », fait de plusieurs millions de propriétaires exploitants acquis au régime et que celui-ci choyait pour leur éviter le déracinement. A l’autre bout de l’échelle sociale le groupe des classes moyennes, en pleine expansion. Ce dernier constituait un ensemble hétérogène : aux « propriétaires » (rentiers, artisans et commerçants, boutiquiers, petits industriels…), s’ajoutait la marée montante des employés (fonctionnaires, professions diverses des sociétés commerciales et de services) et celles des « capacités », détentrices d’un diplôme (instituteurs, clercs etc.). Les professions libérales « supérieures » (médecins, professeurs, avocats…) venaient couronner l’ensemble. Ce qui faisait l’unité de ce groupe, toutefois et le rendait particulièrement cher à la République, était une commune aspiration de ses membres à l’ascension sociale par le travail, l’éducation et l’épargne et une acculturation marquée aux valeurs bourgeoises. Détenteurs d’un capital plus ou moins grand, mais toujours suffisant pour procurer une certaine indépendance, ses membres étaient le véritable idéal des républicains au pouvoir, majoritairement issus eux-mêmes de ce groupe. Entre ces deux socles s’étendait un monde ouvrier encore limité et hétérogène. Malgré les progrès de l’industrialisation depuis les années 1880, la France comptait en 1911 seulement 33 % d’ouvriers dans sa population active, contre 54 % au Royaume-Uni (49 % en Allemagne et en Belgique), ce qui la rapprochait davantage d’un pays comme l’Italie (26,5 %) que de ses voisins du Nord. Or, cet équilibre est bouleversé dans les années qui suivent le conflit.

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